COMMUNAUTÉ

LOI | 20/12/11 10:07

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Loi médicament : pas à l'abri du tout d'un autre Mediator

Bruno Toussaint, directeur de la rédaction de la revue Prescrire répond...

Bruno Toussaint, directeur de la rédaction de la revue Prescrire répond...

 



La réforme du contrôle des médicaments, qui devait être adoptée définitivement lundi soir, est très loin de suffire à éviter un nouveau Mediator, estime Bruno Toussaint, directeur de la rédaction de la revue Prescrire qui avait dénoncé ce produit bien avant que n'éclate le scandale.

Question : Cette loi peut-elle empêcher la réédition d'une telle affaire ?

Réponse : Les avancées apportées par les sénateurs ont été écartées. C'est vraiment dommage. La grande majorité des médicaments qui arrivent sur le marché n'apportent aucun progrès, et pour cause, puisque il n'est pas exigé qu'ils fassent mieux que le médicament de référence pour être autorisés.

Un des éléments importants pour faire émerger des progrès, c'est l'exigence de preuve de progrès des nouveaux médicaments par rapport aux médicaments existants.

Dans la loi, ça reste flou. C'est très triste parce que beaucoup de médicaments, qui ne font pas mieux que les autres, et qui font parfois pire, vont être autorisés.

Ça fait encore beaucoup de malades qui vont être exposés aux effets indésirables de ces médicaments. Certains vont en être victimes, certains vont en mourir.

Je ne sais pas si ça sera plus ou moins que Mediator, mais c'est clair que cette loi ne nous met pas à l'abri du tout d'un autre Mediator.

Q : La question des liens et conflits d'intérêts est-elle réglée ?

R : Il y a de petites avancées en matière de gestion des conflits d'intérêts, en matière de transparence. Mais on ne traite pas le mal à la source.

Tant qu'on ne finance pas la recherche clinique de façon indépendante des firmes, on entretient cette fabrique à conflits d'intérêts.

Dans le système actuel, cette recherche est financée quasi exclusivement par les firmes pharmaceutiques, moyennant quoi elles sont forcément obligées de travailler avec beaucoup de spécialistes de telle ou telle maladie. Ce qui fait que quelques années plus tard, quand le dossier arrive sur le bureau de l'agence du médicament, et qu'on sollicite des experts extérieurs à l'agence, on trouve des gens qui ont déjà travaillé sur le dossier.

Q : L'agence du médicament va voir son rôle renforcé. Qu'en pensez-vous ?

R : Il y a effectivement dans le financement de l'agence, et dans la volonté affichée par son directeur, Dominique Maraninchi, de bonnes perspectives.

Etant donné de là où on part, c'est beaucoup mieux. Etant donné les besoins, on est encore loin du compte. Le déséquilibre entre le poids des firmes pharmaceutiques et le poids des autres acteurs de santé reste très important.

Il y a un début de prise de conscience, mais il y a encore beaucoup de travail à faire.

On peut présumer que 20.000 morts par an en France sont dues au médicament, la moitié étant très probablement évitables.



Handicap Infos - source : afp (Propos recueillis par Véronique Martinache)