COMMUNAUTÉ

DOSSIER PARKINSON | article publié le, 28/11/07

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Psychomotricité et maladie de Parkinson évoluée

Nous souhaitons ici pointer l’intérêt d’une prise en charge relativement méconnue : la psychomotricité.

Nous souhaitons ici pointer l’intérêt d’une prise en charge relativement méconnue : la psychomotricité.



La maladie de Parkinson idiopathique, ainsi que les syndromes parkinsoniens atypiques, requièrent une prise en charge globale et multidisciplinaire, tant médicale que fonctionnelle. Nous souhaitons ici pointer l’intérêt d’une prise en charge relativement méconnue : la psychomotricité.

Nous devons dans un premier temps reposer le cadre de notre intervention. Créée en 1998, l’Unité de Parkinson gériatrique du service Dechelotte - Hôpital G. Clémenceau – comprend dix lits dévolus à la prise en charge de personnes ayant des maladies de Parkinson évoluées, principalement aux stades IV et V (Hoehn et Yahr). A ce stade de la pathologie, les malades sont majoritairement âgés (âge moyen : 76 ans environ pour notre unité) et présentent une perte d’autonomie importante, voire totale. Sur le plan médical, les médecins sont bien souvent confrontés à une impasse thérapeutique : les phases ON sans mouvements anormaux deviennent rares du fait de l’abaissement de leur seuil d’apparition, seuil conjugué à l’augmentation progressive de la dopathérapie. Ce tableau est généralement péjoré par la présence de pathologies intercurrentes dues tant à l’âge, qu’à l’évolution de la maladie de Parkinson.

Dès lors, le rôle de l’équipe de rééducation dans la préservation des capacités fonctionnelles et relationnelles, ainsi que dans la prise en charge des douleurs (physiques et morales) est primordial. Ainsi, lors de séjours d’une durée moyenne de six à huit semaines au sein de notre unité, les patients sont pris en charge par une équipe multidisciplinaire comportant kinésithérapeute, ergothérapeute, psychologue et psychomotricienne. C’est le travail de cette dernière que nous souhaitons vous présenter ici, après avoir brièvement défini ce qu’est la psychomotricité.

La psychomotricité et la maladie de Parkinson

Le concept de psychomotricité repose sur l’unité du corps et de l’esprit, sur les influences réciproques que peuvent avoir l’activité corporelle et la vie psychique (intellectuelle et affective) ; elle envisage l’humain dans sa globalité.

Les différents troubles dus à la maladie de parkinson perturbent le vécu corporel, or le corps agit comme une interface au monde extérieur : sentir son corps, c’est se sentir exister, connaître son identité, et pouvoir reconnaître celle des autres. La psychomotricité propose une approche globale de la personne et de ses rapports au corps, où les interactions entre la motricité (tonus, postures, mouvements…) et le psychisme (émotions, compréhension, imagination, intention, inconscient…) sont constantes. En utilisant le corps, l’espace et le temps, la psychomotricité permet à la personne de mieux connaître son corps et son environnement immédiat et d’y agir de façon adaptée. Cette thérapie prend en compte la personne de façon globale, ses capacités, ses intérêts, ses motivations. Elle lui propose un cadre de progression adapté pour passer de la passivité à l’activité, de la tension à la détente, de l’immobilité à la mobilité, du renfermement sur soi à l’ouverture aux autres.

Les différentes prises en charge proposées :

Après prescription médicale, la prise en charge débute par un temps d’évaluation qui a pour objectif de révéler les difficultés du patient et d’identifier ses potentialités. Le bilan sert de base à l’élaboration d’un projet thérapeutique adapté et personnalisé.

Les séances s’effectuent dans un cadre stable (lieu, rythmicité des séances, organisation de l’espace de travail, prise en charge individuelle ou en groupe…). Elles peuvent être individuelles ou groupales, selon les objectifs. Il faut ici souligner la nécessité d’un travail en collaboration pluridisciplinaire, l’importance des échanges oraux ou écrits et de la mise en commun des différentes informations complémentaires permettant une continuité et une cohérence dans la prise en charge globale.

Les prises en charge individuelles :

Au cours de la maladie de Parkinson, les troubles psychomoteurs sont multiples : troubles du tonus, perturbations posturales et de la marche, difficulté dans l’élaboration des mouvements coordonnés, perte de l’initiative motrice… Le travail en psychomotricité s’organise alors autour de différents axes :

Le travail sur le contrôle postural, l’équilibre statique et dynamique, l’organisation de la marche, la préhension, les transferts, les coordinations permet, en variant autant que possible les expériences sensori-motrices, de maintenir les fonctions psychomotrices et favoriser la récupération motrice.

Il faut, d’autre part, restaurer le mouvement et donner la possibilité de maîtriser son corps, de penser ses gestes pour améliorer leur efficacité et leur harmonie, de parfaire son équilibre, d’élaborer une image de son corps en mouvement.

Enfin, le travail sur les sensations et les perceptions permet la prise de conscience des attitudes corporelles et de réapprendre à ressentir son corps, à vérifier le positionnement de ses membres et à réajuster sa posture.

Les prises en charge en groupe

L’intégration des patients parkinsoniens dans un groupe apporte une dimension supplémentaire à la rééducation : diversité des exercices, dynamique de groupe, espace de parole, partage d’expérience, contenance, rupture d’isolement, conservation des codes sociaux par des séquences d’interactions relationnelles…

Le groupe de calligraphie :

Dans la maladie de Parkinson, la production graphique est atteinte, comme en atteste la micrographie, présente à des degrés divers. Une heure par semaine, le groupe de calligraphie est mené en collaboration avec l’ergothérapeute du service. Cette rééducation graphomotrice, basée sur l’apprentissage d’une technique d’écriture dirigée par l’épaule, vise à la conservation de l’écriture en palliant à la dégradation du mouvement automatique. Dans un premier temps, il s'agit de faire prendre conscience au patient des mouvements de l'épaule, du bras, du poignet et de la main lors du geste d'écriture, ce, grâce à l'exécution de tracés amples et suivant une progression pictographique. Les exercices proposés sont effectués sur un plan incliné et au pinceau ; l’attention est portée sur la précision du geste, la pression exercée sur l’outil et le respect des proportions du graphisme. Des exercices de relaxation et de respiration peuvent, simultanément, être proposés aux patients pour favoriser la détente et permettre la diminution des tensions et crispations. Au fil des séances, chaque patient est amené, selon son rythme, à l’intégration du geste adapté, et ce afin de restaurer au mieux l’écriture sur plan horizontal.

Le groupe de stimulation cognitive :

Ce groupe est également mené conjointement avec l’ergothérapeute, toujours à raison d’une séance d’une heure par semaine. Cette prise en charge vise à l’entretien des fonctions cognitives par des exercices variés et ludiques. On y travaille les différents types de mémoire, les capacités d’abstraction et de raisonnement, l’attention, l’expression…

Le groupe de relaxation :

La relaxation est un état de détente pendant lequel des changements de nature somatique et psychologique peuvent survenir naturellement ou être induits. C’est une expérience subjective de suspension du fonctionnement habituel de l’individu, une pause. Elle est accompagnée par un état de conscience modifiée semblable à l’état hypnagogique qui caractérise le passage de la veille au sommeil.

La relaxation proposée aux patients a d’abord pour objectif d’établir une relation favorable entre le sujet et son corps, base de restauration narcissique. Le corps devient un lieu de gratification et non plus uniquement objet de plaintes. La détente corporelle est un préalable à la découverte de soi et à l’échange avec autrui, à la verbalisation du ressenti personnel de chacun. Elle permet de réduire les tensions musculaires et de créer un état de détente mentale chez des patients ayant conservé les ressources intellectuelles nécessaires au suivi des consignes.

La psychomotricité auprès de personnes souffrant de la maladie de Parkinson trouve donc sa place dans un champ d’action particulier : celui d’une relation où le corps est privilégié. Ainsi, par le biais d’ateliers dynamiques (expression corporelle, relaxation, gymnastique douce…) et manuels (graphomotricité, peinture, modelage), elle crée ou recrée une expérience du corps nouvelle et positive en vue de son intégration psychique, redonnant ainsi vie et sens à la gestualité.

Nous pensons que la psychomotricité constitue donc l’un des éléments complémentaires, mais indispensables, des différentes conduites thérapeutiques mises en place dans la prise en charge des personnes ayant une maladie de Parkinson évoluée. Elle permet en effet d’accompagner le malade dans la recherche d’un mieux-être et d’une meilleure autonomie dans la vie quotidienne.




© MEURZEC Maïvenn, Psychomotricienne - SOULAS Thierry, Psychologue - LE SAOUT Nathalie, ergothérapeute - Dr CAPLAIN Gilles - Dr BIZIEN Alec, Chef de Service Hôpital Clémenceau, Champcueil.

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